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« le nucléaire coûtera de plus en plus cher »

La coopérative Enercoop Bretagne, créée en mars 2013 regroupe les acteurs de la transition énergétique du territoire : consommateurs, salariés, producteurs et collectivités. Ce sont ainsi plus de 2000 foyers bretons qui ont choisi une électricité 100% renouvelable, refusant ainsi les énergies fissiles et fossiles. Entretien avec Nicolas Debray, directeur d'Enercoop Bretagne, fournisseur d'électricité d'origine 100 % renouvelable. Retrouvez également Enercoop dans le dernier numéro de Bretagne Durable dédié au coût de l'énergie nucléaire.

 

Le prix régulé de l'électricité n'a cessé d'augmenter depuis plus de 10 ans. Pourtant, l'énergie nucléaire (qui permet l'approvisionnement de 80 % de l'électricité française), est censée nous offrir l'un des tarifs les moins chers du monde... Comment analysez-vous cette hausse alors que les énergies renouvelables apparaissent de plus en plus compétitives ?

Au démarrage d'Enercoop, en 2007, nous étions environ 45 % plus cher que le tarif régulé proposé par l'opérateur historique. 7 ans plus tard, nous ne sommes plus que 18 % plus cher.Ce rapprochement tarifaire en peu de temps montre à quelle vitesse l'écart se resserre. Pourtant, durant 7 ans, nous n'avons pas augmenté nos tarifs. Car nous construisons notre prix de vente sur un prix juste entre le producteur et le consommateur.

Quant à l'électricité d'origine nucléaire, pensez-vous que son prix va encore continuer d'augmenter ?

EDF le dit : ça va encore augmenter. De fait, le prix de l’électricité nucléaire, neuf (type EPR) ou ancien, va augmenter... La question est plutôt : « De combien ? ». Or on ne sait pas combien coûte un démantèlement. C'est selon moi une raison pour laquelle on repousse d'ailleurs cette question épineuse.

Plus évocateur encore, on est depuis 10 ans au niveau le plus bas du coût de l’énergie nucléaire. Car nous sommes sur de l'électricité produite dont l'outil a été largement amorti. Le hic, c'est qu'il reste beaucoup plus de choses à payer que prévu. Certes, une partie de la somme nécessaire a été provisionnée, en cas de surcoût du démantèlement, EDF sera obligée de vendre le réseau de transport de RTE par exemple. Mais suffira-t-elle ? Démantèlement, hausse des niveaux de securité post Fukushima et attentats (coût non encore provisionné mais qui se répercute dans la facture), prolongation des centrales pour l'entretien, traitement des déchets, coût sanitaire et écologique...

Face à cette hausse des prix du de l'électricité nucléaire, les énergies renouvelables (ENR) sont-elles désormais aussi compétitives ?

Le choix politique des tarifs bas n'est plus tenable pour EDF par rapport aux contraintes économiques, sinon cela signifierait que l’État subventionne le démantèlement de l'énergie nucléaire. En terme de compétitivité, le nucléaire « neuf » (EPR) n'est pas non plus compétitif, face à l'énergie éolienne par exemple. On peut aisément montrer que si les coûts des ENR baissent et baisseront, ceux du nucléaire ne cesseront d'augmenter. En somme, en face d'un choix politique obsolète et d'un modèle français centralisé lourd en investissement et en risques, Enercoop déploie son alternative coopérative, décentralisée et renouvelable. L'objectif : favoriser la réappropriation citoyenne des questions d'énergie. Et pour ce qui est du lien entre la production et la consommation, il nous faut aujourd'hui changer de paradigme en adaptant la consommation à la production et non l'inverse. C'est la dernière étape avant la future généralisation massive des énergies renouvelables. C'est un passage obligé, que nous avons amorcé très tôt en France avec les heures creuses, qu'il faut maintenant adapter aux renouvelables et non plus au nucléaire.

Pour conclure, à la question « pourra-t-on faire un jour du 100% renouvelable ». La réponse est oui par définition, puisqu'un jour, ce qui n'est pas renouvelable disparaîtra. La question est plus de savoir quand, et est-ce que ça sera subit ou voulu. Et il n'est jamais bon de subir les choses.

Plus d'infos :

www.enercoop-bretagne.fr

 

Enercoop, le service citoyen de l'énergie

En face d'un choix politique obsolète et d'un modèle français centralisé lourd en investissement et en risques, Enercoop déploie son alternative coopérative, décentralisée et renouvelable. Depuis 2004, la coopérative poursuit ces objectifs : contribuer à la maîtrise de la consommation d'énergie, promouvoir et développer les renouvelables, dans la lignée du scénario Négawatts, et favoriser la réappropriation citoyenne des questions d'énergie. La coopérative régionale bretonne, créée en mars 2013 regroupe ainsi les acteurs de la transition énergétique du territoire : des consommateurs et des salariés, des producteurs et des collectivités, des partenaires comme l'Agence Locale de l’Énergie ou le SDE35. C'est ainsi plus de 2000 foyers bretons qui ont choisi une électricité 100% renouvelable, refusant ainsi les énergies fissiles et fossiles.

Si, pour les premiers convaincus, le surcoût a été important, aujourd'hui, il n'est plus que de quelques euros par mois en moyenne pour un foyer sans chauffage électrique; un écart qui va encore se réduire dans les années à venir puisque les tarifs d'Enercoop sont stables depuis 2007. Le pari qui avait été fait alors était de vendre l'électricité... à son juste prix !

Après bientôt 10 ans d'existence et fort d'un réseau de 8 coopératives régionales, c'est localement qu'Enercoop va participer à l'avènement des énergies renouvelables avec aux cœurs de ces projets, les citoyens et les collectivités, faisant ainsi naître un service citoyen de l'énergie.